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Marc Donzé, vicaire épiscopal de l’Eglise catholique dans le Canton de Vaud

Vicaire épiscopal, c’est-à-dire représentant de l’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, depuis janvier 2012 dans le canton de Vaud, l’abbé Marc Donzé a une longue expérience pastorale et académique. Il partage son expérience et sa vision de l’œcuménisme.

Marc Donzé, vous avez déjà une riche expérience pastorale dans différents cantons romands. Depuis un peu plus d’une année, vous êtes vicaire épiscopal dans le canton de Vaud quelles sont vos impressions ? Comment vous sentez vous en pays vaudois ?

J’ai vécu mon enfance à la Chaux-de-Fonds, une terre essentiellement protestante. J’ai eu très tôt des contacts avec des camarades protestants avec lesquels j’ai appris qu’il faut avant tout se respecter pour pouvoir dialoguer. J’ai retrouvé donc cela dans le canton de Vaud dans une autre dimension, bien sûr. Je me sens donc très à l’aise dans la réalité vaudoise.

A Neuchâtel, j’ai aussi participé à l’époque à l’ASOT (assemblée synodale œcuménique temporaire) avec les Églises réformée, catholique, vieille-catholique et mennonite. On a débattu des points importants de la vie de l’Eglise. Une expérience  marquante alors que j’étais tout jeune prêtre. Cela m’a donné une impulsion dans le dialogue œcuménique, pour lequel on doit cultiver la patience et la persévérance. Comme professeur de théologie pastorale à Fribourg, j’ai aussi donné des cours aux universités de Neuchâtel et de Lausanne. Dans un cours sur les grands textes de Vatican II, j’ai présenté à des étudiants protestants ce que l’Église catholique dit d’elle-même.

A la communauté de Grandchamp, avec laquelle je suis très lié, j’ai accompagné, dans les années 80, le groupe les Servantes de l’Unité. Il y avait un pasteur protestant et moi-même. Nous avons fait une retraite sur le thème de Marie et une autre sur la communion des saints à partir du livre important sur ce thème du frère de Taizé Pierre-Yves Emery. C’était une très belle expérience œcuménique.

Pour ceux de nos lecteurs qui souhaitent vous connaître un peu plus, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je suis né à la Chaux-de-Fonds dans une famille catholique originaire du Jura. Ordonné prêtre en 1972, j’ai d’abord travaillé comme vicaire à Genève et ensuite comme professeur de théologie pratique à Fribourg. J’ai aussi été curé en ville de Fribourg et vicaire épiscopal dans le canton de Fribourg et maintenant à Lausanne. Un Vicaire épiscopal est celui qui représente l’évêque au quotidien dans une région.

Vous êtes un grand connaisseur de Maurice Zundel. Le fait de venir à Lausanne où il a vécu un certain nombre d’années vous fait-il sentir plus proche de lui ?

Je me sens proche de lui partout. Par contre, je peux dire que Zundel a découvert très tôt l’œcuménisme, en 1911 déjà. Il avait des amis protestants avec lesquels il a lu l’Evangile. A cette époque, il a découvert qu’on peut s’enrichir mutuellement. Zundel disait : « Jésus est le seul catholique » (dans le sens de la plénitude de la relation au Père). Pour nous catholiques cela est une invitation à l’humilité, nous avons à devenir toujours plus ancré dans cette relation au Père dans l’Esprit.

Vous nous avez parlé des expériences marquantes dans l’œcuménisme à Neuchâtel, est-ce que vous avez d’autres expériences à nous partager ?

J’ai déjà parlé de l’ASOT à Neuchâtel, une expérience très marquante pour moi, mais j’ai aussi participé à l’époque au concile de jeunes à Taizé. J’ai vécu également une expérience avec les enseignants en théologie pratique de la Suisse romande. Nous avons eu une très bonne collaboration dans l’organisation des sessions de troisième cycle, en créant la Société francophone de théologie pratique. Une autre grande expérience, que j’aimerais mentionner, a été la rencontre de Taizé à Genève en 2007-2008 avec les jeunes.  Enfin, j’ai aussi cultivé l’œcuménisme dans la pastorale des personnes handicapées.

Vous arrivez dans le canton de Vaud avec une très riche expérience dans l’œcuménisme, comment sentez-vous l’œcuménisme dans le canton de Vaud ?

Les deux grandes Églises reconnues sont appelées à collaborer à travers treize missions exercées en commun. Cela est, à la fois, une « bonne » contrainte et une belle occasion de collaborer ensemble. Je crois que si on n’avait pas cette « contrainte » qui nous vient de l’État, on n’aurait peut-être pas été aussi loin dans la collaboration. L’œcuménisme avec les autres Églises est aussi important ; bien que les contacts soient moins nombreux, les relations sont très fraternelles.

Ce que je trouve important de réaliser en ce moment, c’est qu’on intensifie le dialogue sur des thèmes théologiques et sur des thèmes d’actualité de société. Si nous arrivions à avoir des positions communes sur certains thèmes de société… ce serait un beau témoignage. Par exemple, à l’occasion des certaines votations.

Quelles sont les voies, les étapes, le chemin pour un plus grand rapprochement ?

Il y a trois choses qui me semblent essentielles : 1. Prier ensemble, 2. Cultiver la convivialité, 3. Travailler ensemble. Toutes les trois sont importantes. L’initiative œcuménique de lecture de l’Évangile à la Maison est aussi une occasion de se confronter ensemble à la Parole de Dieu en donnant la parole à tous les baptisés.

La « martyria », c’est-à-dire, le témoignage commun me semble aussi important. Je suis pour un œcuménisme de la base, un œcuménisme du peuple, ainsi qu’un œcuménisme spirituel et de la charité. Les dialogues théologiques sont importants, mais ils ne sont pas suffisants.

Nous avons vécu une célébration de la Parole sur la Lectio divina, que pensez-vous de cette démarche ?

Oui, je la pratique et je la propose souvent. Pour moi, le cœur de la lectio divina, c’est le silence… laisser résonner la parole… les explications doivent être minimales. Si on vit la Lectio divina dans une atmosphère de prière et de partage, les réflexions vont très loin. Car c’est une lecture existentielle de la Parole. Il s’agit de susciter l’intérêt et la curiosité. L’Évangile nous est commun.

Comment voyez-vous la contribution des communautés et des mouvements à l’œcuménisme ?

Je connais plusieurs mouvements. J’ai reçu une belle impulsion dans la Communauté de l’Arche de Jean Vanier. Je pense que ces mouvements illustrent l’aspect charismatique de l’Église. Souvent dans l’Église catholique, nous ne leur laissons pas suffisamment de place. Les mouvements vivent un œcuménisme de la base. Et en même temps, ils veulent être fidèles aux Églises respectives. Mais ils sont souvent créatifs, beaucoup de choses peuvent naître ainsi. J’aimerais mettre davantage en valeur les communautés et ces mouvements dans le canton de Vaud.

Un nouveau Pape vient d’être élu, quelles sont vos impressions sur les premiers choix du nouveau Pape François ?

J’ai eu une très bonne impression avec le choix du nom, car Saint François est mon saint favori. C’était une très bonne surprise. Il a une attitude de simplicité : au niveau liturgique et dans d’autres domaines… comme le contact avec les gens. Maintenant au niveau théologique nous sommes encore en attente, mais le début est bon.

Désirez-vous encore ajouter quelque chose?

Il me semble qu’il faut être attentif à garder une attitude de dialogue pour ne pas rester dans un cercle restreint. Dans l’œcuménisme il faut veiller à inclure aussi les Églises minoritaires.

Il y a aussi la problématique du dialogue interreligieux sur lequel il faudrait arriver à trouver des positions communes. C’est tout un domaine encore à cultiver sur lequel nous devrions cheminer ensemble. A Fribourg nous avions créé une exposition qui circulait dans les écoles avec la présence de représentants des différentes religions. Je pense que le dialogue interreligieux peut donner l’occasion aux chrétiens d’aller encore plus loin dans le dialogue œcuménique.

Propos recueillis par Paulino Gonzalez et Martin Hoegger

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